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Forme mentale solide



 

Kitai Shinshō (気体心礎, que l’on pourrait traduire par “la forme mentale solide, la fondation de l’esprit”) comme une pratique intemporelle — une technique qui a toujours existé, sous des noms différents, dans toutes les civilisations.

🕰️ 1. Les origines premières : l’humain face au monde
Dès que l’homme préhistorique a dû affronter la peur, le froid, la chasse ou l’ennemi, il a forgé en lui un état de solidité intérieure. Avant le combat, il frappait son torse, criait, dessinait des signes sur son corps.
C’était déjà un kata mental : se mettre dans un état où le doute disparaît.
« Celui qui ne tremble pas devant la bête a déjà gagné la moitié du combat. »
(Proverbe de chasseurs San, Afrique australe)
🏛️ 2. L’Antiquité : Grèce et Rome
Chez les Grecs, le thumos (θυμός) — l’ardeur de l’âme — préparait l’homme à agir. Avant Marathon, les hoplites se frappaient le bouclier en rythme, rendant leur esprit aussi solide que leur phalange.
« Ô ami, tiens ferme ton cœur comme une muraille de bronze. »
(Homère, Iliade, chant XX)
À Rome, le constantia animi (la constance de l’âme) était une vertu militaire et stoïcienne. On récitait intérieurement des maximes avant la bataille.
« La vraie victoire, c’est de se vaincre soi-même. »
(Sénèque, Lettres à Lucilius)
🕌 3. L’Orient ancien : Chine, Inde, Japon
En Chine, le zhan zhuang (站桩, “se tenir comme un poteau”) préparait le corps et l’esprit : être immobile mais invincible, comme un arbre enraciné.
En Inde, les yogis récitaient des mantra pour solidifier leur esprit dans le dhyana.
« Sois immobile comme la montagne, fluide comme le grand fleuve. »
(Classique du Tai Chi, XVIIe siècle)
Au Japon, les samouraïs pratiquaient le mokuso (黙想, méditation silencieuse) avant le duel : c’était déjà Kitai Shinshō, solidifier le cœur et vider l’esprit.
« L’esprit doit être immuable comme la lune reflétée dans l’eau. »
(Takuan Sōhō, Les Mystères de la sagesse immobile)
✝️ 4. Le Moyen Âge et les traditions spirituelles
Les chevaliers chrétiens priaient avant de lever l’épée : une façon de rendre leur mental invincible.
Dans les soufis, le dhikr (ذكر, “souvenir”) répétait le nom de Dieu pour se remplir de force intérieure.
« Même si ton ennemi est mille, si ton cœur est ferme, tu es mille fois plus fort. »
(Proverbe soufi)
⚔️ 5. Époque moderne : soldats et résistants
Les samouraïs de l’époque Edo composaient des poèmes de mort (jisei) : quelques mots pour fixer l’esprit dans la sérénité absolue.
Les résistants et soldats modernes utilisaient des slogans courts, des cris, des chants.
« Ils ne passeront pas ! » (No pasarán !) – cri des républicains espagnols
« Liberté ou mort ! » – Révolution française
Chaque fois, la parole répétée n’était pas un mot : c’était une armure mentale.
🌍 6. Aujourd’hui et toujours
Kitai Shinshō n’a pas de lieu, pas d’époque : c’est l’art de se rendre inébranlable en quelques secondes.
C’est une pratique humaine universelle, aussi vieille que la peur et que le courage.
« L’homme est petit, mais quand son cœur est solide, il porte l’univers. »
(Dicton zen contemporain)
👉 Ainsi, le kata mental solide n’est pas une invention : c’est le fil rouge de toutes les civilisations. Une technique immémoriale pour traverser la peur, se tenir debout, agir avec force et paix intérieure.

Ivano Ghirardini est sensei de l’Akhilleus Dojo, fondateur de la méthode Tikai Shinsho et champion de France 2025 de parakarate. Né en Italie puis naturalisé français, il est également guide de haute montagne reconnu.

Sa trajectoire allie l’art martial et l’esprit d’aventure : sous sa direction, le Tikai Shinsho puise dans les principes de l’équilibre, de la conscience et du mouvement conscient. Sur le tatami, il incarne l’exigence, la sagesse et la détermination — remportant en 2025 le titre national dans sa catégorie, preuve de sa maîtrise et de sa persévérance malgré les défis.

Comment agissent les Kata de la Forme Mentale Solide (Kitai Shinshō)
Simple – parce qu’il n’y a que quelques phrases, quelques images mentales. Pas besoin de longs rituels, pas besoin d’explications compliquées. On entre tout de suite dans l’essentiel : ancrage, calme, confiance, force.
Puissant – car le mental agit directement sur le corps. Quand tu dis « j’ancre mes pieds », ton cerveau envoie l’ordre, ton corps se place. Quand tu répètes « je frappe juste », tu déclenches en toi la mémoire musculaire et l’énergie du geste. C’est une autosuggestion martiale immédiate, qui va droit au système nerveux.
Rapide – parce qu’en 5 respirations profondes, tu as changé d’état. Tu passes du stress ou du doute à un état de présence forte et tranquille. Pas besoin de 20 minutes de méditation, juste 1 ou 2 minutes suffisent pour être prêt·e.
👉 En résumé :
Un kata de la forme mentale solide agit comme une clé courte.
Il condense la pratique physique en images intérieures.
Il te donne en quelques instants la paix, la confiance et la puissance de l’éléphant.



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